A nos élites, nos dirigeants, nos patriarches : #wearewatchingyou

Que se passerait-il si on décidait de faire front ?

Que se passerait-il si, confiné.es chez nous, on avait ouvert les yeux ?

Que se passerait-il si ce temps d’arrêt imposé nous avait libéré.es de l’emprise et si ce confinement se retournait soudain contre vous ?

Que se passerait- il si, finalement, on avait pris goût à ce nouveau monde sans voiture, sans avion, sans bruit et si, en silence, nous étions devenu·e.s aussi conscient.es que dangereux.ses ?

Que se passerait-il si on décidait d’extraire nos corps du système plutôt que de foncer tête baissée se faire broyer par la machine capitaliste en marche ?  

Pourquoi tout remettre en marche et nous forcer à sauter sans filets ? 

Est-ce pour l’humanité ou est-ce pour vous ?

Auriez vous peur qu’on se réveille trop vite ? Qu’on ait trop le temps de penser par nous-mêmes ? 

Si, plutôt que d’obéir, avec nos corps réunis on formait une barricade, pour exiger du pouvoir qu’il serve l’humanité plutôt qu’il se serve d’elle ?

Quel semblant de liberté cadrée et policière nous proposez-vous dehors ? Sortir pour être les esclaves de votre système qui est la cause de cet échec planétaire ? 

Non, nous ne voulons plus de ça, nous ne voulons plus de vous !

#fuckpolitics #fuckpatriarchy #fuckcapitalism 

Que ferez-vous ce jour où les corps confinés se retourneront contre les confineurs pour s’auto-confiner eux-mêmes dans ce monde de demain dont toutes et tous parlent ? Un monde “auto-confiné” en grève où on vous regarderait à travers nos écrans et où vous auriez des allures de poissons dans un bocal. Car oui, si l’on s’isole dans l’autre monde, ce monde d’entraide parallèle viral, on inverse le point de vue : on vous enferme.

Déconfinement dites-vous ? Ce mot marketing et creux répété en boucle ne nous trompera pas. Il n’y a pas plus de “déconfinement” qu’il n’y a eu de “confinement”.  Il n’y a qu’une tentative stratégique ratée mise en place pour essayer en vain de camoufler vos échecs communs. Dehors il y a une cage métallique glaciale, un piège. Dehors, il y a un monde encore pire que celui d’hier, ce monde policier : on n’en veut pas. On se passera de vos abus de pouvoir pour nous “protéger”, merci et au revoir. 

La liberté que vous nous offrez, c’est de sortir pour vous servir et ce “pour notre bien” et celui de “notre prochain”. Vous pensez qu’on va gober votre sermon ? Non. 

C’est vous qui paniquez, non pas pour nos vies, non mais pour votre bébé capitaliste qui est en train de crever et dont aujourd’hui vous êtes esclaves encore bien plus que nous. Déconfinement ou pas, sachez que dans l’ombre, tous.tes connecté.es sur des réseaux qui échappent à votre contrôle, ce jour se prépare où ensemble on laissera crever votre enfant comme vous le faites avec nos infirmier.es, nos médecins, nos réfugié.es, nos sans-abris.   

Oui, vous avez mis le monde en veille. Confiné.es, on l’a longuement observé:  une prison qui, par manque de soins, espère contrôler les corps, les fliquer jusqu’à l’os. Cette fausse promesse de liberté s’ouvrirait à nous à condition qu’on quitte sur-le-champ l’habitation où hier nous avons été enfermé.es ? Alors, si nous la quittons, n’oublions jamais que la révolte se fait à l’intérieur de nos corps, en nous, dans ce corps de chair que nous habitons. 

Vous pensez encore faire seuls votre loi du haut de vos assemblées ? Les lois humaines sont plus puissantes que les lois de l’économie et rien n’est plus dangereux pour vous aujourd’hui que ce virus, qui certes éloigne nos corps, mais unit nos cœurs, au-delà des frontières, pour faire bloc. Contrôlez, tracez, séparez nous physiquement, cela ne fera que renforcer l’immunité féroce qui se propage aujourd’hui dans les milliers de corps tous unis contre vous. Non, ce n’est pas le virus que vous essayez de maîtriser, c’est nous, et c’est raté.

Sachez qu’entre-temps les bobos confiné.es, les bourgeois.es bien loti.es qui hier étaient pris·es dans la frénésie de la consommation ont muté grave, vers une forme grave, vous entendez ?  

Sachez que ceux et celles sur qui vous comptez se réveillent aujourd’hui, un·e à un·e, pour rejoindre sur le front ceux et celles que vous exploitez et que vous jetez de la falaise sans parachute. Le virus a inversé radicalement les rapports de pouvoir : qui vous sauvera si vous agonisez ? Qui désinfecte les parquets de l’Élysée ? Si vous n’armez pas celles et ceux qui vous sauvent, si vous ne les protégez pas, si vous ne les rémunérez pas comme il se doit, alors vous crèverez avec nous.

Que se passerait-il si nous faisions bloc ? Si nous refusions ensemble de faire tourner la machine et si nous exigions des aides universelles pour tous ceux et celles qui galèrent tant que le Corona est roi ? Renversons par à-coups, pas à pas, refus par refus, regagnons notre terrain et nos droits !

Que feriez-vous si nous ne bougions pas ? Si soudain nous décidions de laisser s’écrouler votre empire brique par brique jusqu’à vous faire vider vos poches d’escrocs en cravate. Que feriez-vous si demain nous décidions que nous n’engorgerons ni les magasins et les supermarchés,tant que le capital sera. 

Démerdez-vous pour que ce soit simple pour nous. Ce n’est pas à nous de prendre sur nous pour servir vos intérêts à vous. Y a pas d’argent, vous dites ? Démerdez-vous pour changer vos priorités, rackettez vos amis milliardaires plutôt que de saigner celles et ceux d’en bas, et vous en trouverez. 

Non, nous n’écrivons pas ces mots en vain, car une à une des voix s’élèvent et des regards s’ouvrent grand.  Si ce n’est pas pour cette fois, ce sera pour la prochaine, peu importe si vous nous enfermez de nouveau, le moment arrivera où nous ne bougerons pas. Nos yeux caméras intégrées vous fixent et vous visent derrière la nuque sans cligner depuis nos confinements lointains. 

Non, nous ne voulons pas de vos drones coûteux. Non, nous ne voulons pas de vos caméras volantes braquées sur nous et méfiez-vous : nos yeux sont braqués sur vous. On vous observe de loin tels des corbeaux bien plus dangereux que vos volatiles métalliques et depuis le premier jour de confinement assis·es derrière nos écrans : on vous voit. #wearewatchingyou La surveillance c’est nous, c’est nos yeux rouges de sang : l’humanité nouvelle qui se réveille dans nos corps engourdis est bien plus dangereuse que le virus que vous combattez à coups de lois et de matraque dans le vent. Vous entendez ?

Enfermé.es dans le silence assourdissant, le bruit du vent et des oiseaux nous a donné ce souffle nouveau comme un regain de vie, un sursaut. Là, enfermé.es, nous sommes redevenu.es des animaux sauvages enragé.es et libres, assez libres pour renoncer à ce monde matérialiste duquel vous dépendez, plus nous.  

Vous pensez qu’on est suffisamment aveugles pour ne pas voir que c’est vous qui avez besoin de nous pour faire fonctionner votre machine rouillée ? Le pouvoir aujourd’hui est à l’humain, il est à nous ! L’effondrement économique n’est qu’un alibi factice avec lequel vous imaginez pouvoir exercer un chantage sur nos vies et surtout sur la vie des plus démuni.es. 

Nous savons bien que vous mentez pour nous rendre esclaves de votre proxénétisme politique alors

#niquetonpere

Ce qui se passera dans le monde de demain c’est que nous allons ressortir, oui, pour nous promener au parc, profiter de l’air pur, pour aider les plus démuni·es. Nous n’avons attendu personne pour fabriquer nos propres masques et œuvrer de manière autonome, là où vous échouez encore. Nous ne vous attendrons pas pour sauver nos vies et notre planète. Oui, si on peut fabriquer nos masques, on peut tout fabriquer. Dans l’ombre naît un monde qui s’organise sans vous et sans vos supermarchés infectés. 

Oui, le confinement, ce mot idiot, pourrait bien nous avoir toutes et tous réuni·es. Oui, formons un “je” redoutable !

Ici, je ne m’adresse pas à toutes celles et ceux qui sont sur le front avec bravoure et qui continuent sans relâche : je m’adresse à toutes celles et tous ceux qui pendant deux mois se sont relâché·es, je m’adresse à tous.tes les confiné.es bien loti·es, les bien-confiné.es, les confortables qui ont cette chance d’avoir un chez soi  supportable, je m’adresse aux intellectuel.les, aux artistes connu.es et reconnu.e.s, aux philosophes prospères, aux directeurs et directrices de musées, aux gens de l’art, à tous·tes les planqué·es dans leur institutions vides qui en ont marre, je m’adresse aux bourgeois.es, petit·es, moyen·nes et grand·es, aux bobos, à tous ceux et celles  qui débattent et qui signent les tribunes mais aussi aux révolté.es, aux têtes brûlées, qui n’en ont rien à kicker et aussi à ceux qui sont prêts à tout perdre, oui, aujourd’hui je m’adresse à celles et ceux qui ont le privilège de pouvoir exiger pour celles et ceux dont les corps n’ont pas eu, et n’auront jamais la possibilité d’être dignement confinés. Pour celles et ceux qui n’ont ni le temps ni l’espace pour résister, oui mettons le feu ! Oui, méfiez-vous car si un jour on décide de rester immobiles, on fera tout cramer !

Est-ce le retrait, la prison si l’asservissement, la perte de nos libertés s’avère deux fois plus violente une fois qu’on est dehors ? Être confiné.e en dehors du système capitaliste de surveillance naissant serait être privé·e de liberté ? Non. Quand on est privé·e de shopping, on n’est pas privé·e de liberté. C’est à nous de décider ce qui réouvre et ce qui reste fermé, ce qu’on confine ou ce qu’on déconfine, ce qu’on jette et ce qu’on garde. Oui nous sommes privé·es de liberté quand on nous impose des horaires, quand l’État devient policier et militaire.

L’urgence nous impose que chacun.e accepte de participer à son échelle aux efforts de mutation que nécessite une transformation profonde du système et de nous-mêmes.Alors, plutôt que de se plaindre d’avoir été inutiles à regarder de chez nous, à travers les fenêtres de nos écrans, ceux et celles qui sauvent nos vies et désinfectent les sols des hôpitaux, rendons nos corps utiles. Ne nous contentons pas de crier à la liberté trop vite, égoïstement pour retrouver nos terrasses et nos magasins bondés. Faisons grève à notre propre consommation frénétique destructrice pour conserver un peu de cet espace vital paisible qui s’est imposé de force dans les villes ! Prenons le risque de perdre quelque chose, comme l’ont fait chaque jour celles et ceux qui sont resté·es dehors pendant que nous étions au chaud. Que nos corps de confiné.es s’unissent et forment un corps monumental monstrueux.

Comment pouvons-nous être à la fois dans le monde malade d’hier et dans celui de demain ? Refuser d’obéir au doigt et à l’œil, refuser de marcher au rythme des confinements et déconfinements qui suivront. Non, on est pas un putain de troupeau qu’on enferme pour le faire ressortir quand on le décide ! Non, la liberté ce n’est pas de pouvoir sortir quand on nous demande de le faire, la liberté c’est de décider nous-mêmes quand on sortira et surtout sous quelles conditions !

Non, il ne s’agit pas de s’enterrer, il s’agit de résister, il s’agit de s’autoriser à refuser d’y retourner, barrons-nous comme Adèle aux Césars ! Quittons ce vieux monde, si ça se passe pas comme on le décide, oui, on s’casse ! Piégeons-les, utilisons massivement notre droit de retrait. Ce jour où on ne se retirera pas en confinement, non, mais où on se tirera… approche à grands pas.

Non, vous ne contrôlerez pas nos corps dans l’espace public, car nos corps se barreront et tant que vous ne confinerez pas vos flics hors de nos vues, on ne bougera pas de là. C’est pas nous qui devons nous faire contrôler la face, on vous a vus, vous, vos abus racistes, vos violences ciblées, le bruit des pas sur le bitume fuyant les flashball… Les accusés c’est vous, les coupables c’est vous, et c’est vous qui avez des comptes à nous rendre aujourd’hui. 

Vous pensiez qu’en nous cloitrant à l’intérieur devant nos écrans pour faire vos réunions dehors, nous allions avaler votre spectacle ? Ça y est, la cloche a sonné et vous pensez qu’on va vous obéir comme des écoliers ? Soudain on a tous·tes le droit de retourner taffer alors qu’encore hier, on nous refusait celui d’accompagner nos morts ? Oui, on se remet en marche mais, méfiez-vous de nos corps infiltrés révoltés qui maintenant, ensemble, font semblant.  

Immobilisons-nous ! Extraire nos corps du mensonge est un geste politique. Extraire nos corps d’un monde où aller dehors, c’est obéir en masse aux injonctions de Trump et de Bolsonaro, c’est pas un acte de renoncement, c’est un acte de révolte.

Non, les dangers du confinement ne sont pas ceux qu’on croit, c’est encore pire que ça, nous sommes devenus fous, folles de rage, oui c’est ça ! Vous avez confiné le monde au-dedans pour créer une fenêtre artificielle : un zoom sur votre théâtre politique, mais c’est là, dans ce silence planétaire de la machine arrêtée en plein vol, que nous avons eu le temps de vous disséquer. L’objectif dirigé sur nous comme une arme, nos corps regardant l’inversant et le pointent contre vous! Nous, l’œil du pouvoir, on le crève.

Alors on s’adresse à toutes celles et ceux qui peuvent refuser dès maintenant, nous boirons du vin en terrasse plus tard ! Peut-être ce cri ne sera pas entendu, peut-être ceci n’est qu’une voix de plus qui rejoint le flot de toutes ces voix hautes et fortes : “On ne veut plus de ce monde” ! Peut-être, bientôt, ce jour arrivera où, mieux que de signer des tribunes ensemble, nos corps agités se figeront telles des statues, pour arrêter de faire fonctionner la machine. Et si, refus par refus, retrait par retrait, on la laissait tomber en panne ? 

Toutes celles et ceux qui ont une fenêtre et qui ont eu le luxe pendant ce confinement de pouvoir regarder dehors sans penser à survivre, ne peuvent pas dire qu’ils n’ont pas vu le calme de la nature …

Alors non ! Nous n’avons pas à trancher entre le “confinement” et le “déconfinement”, entre le “sanitaire” et l’œil totalitaire. “Sanitaire”, ce mot qui en cache un autre, a déjà été récupéré, bouffé tout cru par le pouvoir mortifère. Nous voulons du soin, du chaud, du “care”, de l’humain. 

Émancipons nos regards et nos corps, émancipons-nous des pièges de la pensée binaire dangereuse qui nous enferme et nous manipule. Émancipons-nous des manipulations politiques qui nous font réagir par réflexe automatique aux mouvements de va-et-vient qui nous confinent et nous déconfinent le corps et les esprits. Refusons la puce plantée dans nos crânes en mode pilote automatique. Cassons-nous de ce monde du buzz et de la réaction instantanée!

Non, nous ne voulons pas de ce monde arrogant criminel macronien déjà remis en “marche”. Nous refusons d’incarner cette humanité au-dessus de tout, “saine”, toute-puissante qui ignore nos aîné·es, nos fragiles, nos vulnérables, car eux, elle, c’est nous demain. L’urgence est là : faut mettre un coup de frein ! 

Alors, soulevons-nous contre le pouvoir en place, mais, pour y arriver, soulevons-nous contre nos démons, contre nous-mêmes. Luttons sans relâche pour garder intactes nos libertés individuelles menacées à l’extérieur et battons-nous avec rage contre l’individualisme autodestructeur qui nous emprisonne de l’intérieur. C’est peut-être là, entre soi et l’autre, que nous pouvons planter cet arbre, ce poumon, qui fera pousser les branches de ce monde nouveau présent dans nos bouches en colère.

Non, se déconfiner ne veut pas dire retourner à la vie. Ne remontons pas tête baissée dans la caisse qui nous a conduit·es jusque-là, ne chassons pas d’un coup de volant, les animaux qui en notre absence, sont venus réinvestir leurs villes. Ne chassons pas trop vite l’odeur de l’air si pur qui a envahit nos narines et enivré nos âmes. Si nous voulons pouvoir respirer et laisser respirer les plus fragiles, nos enfants vulnérables, nos aîné·es, nos mères, nos pères, nos grands-pères et grand-mères qui sans ça se feront broyer par la machine trop vite remise en marche, alors ne chassons pas la vie. Oui, si ce n’est pas aujourd’hui, alors demain, ce sera notre tour. Demain, nous mourrons comme les autres avec ce vieux monde inhumain.

Entendons le message sourd et énigmatique des animaux descendus dans la rue tels des lanceurs d’alertes et ignorons, en masse, les appels des sales bêtes, des porcs qui nous dirigent ! Non ne tuons pas la vie qui a refait surface ! Elle qui, durant cet enfermement douloureux et forcé, a réussi, envers et contre tout, à se frayer un chemin pour braver la mort et ré-envahir nos espaces, pourrait bien être la mère qui réussira à sauver nos corps…

Réveillons-nous ! Opposons-nous à cette relance brutale et virile ! Demain, formons ce corps global lourd et immuable qui s’oppose au monde patriarcal sécuritaire et militaire. Après l’avoir quitté pas à pas, toujours en prenant soin de toutes celles et ceux qui sont coincé·es dans la mécanique en route, accouchons lentement de ce monde de demain qui imposera sa force immobile et sa lenteur sécurisante. 

Deborah de Robertis, fondatrice du collectif NTP